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Cadmium dans l’alimentation : l’Anses alerte sur une contamination massive en France

L’Anses vient de publier un rapport alarmant sur l’exposition des Français au cadmium, un métal lourd cancérogène présent dans les céréales, le pain et les pâtes. Près de la moitié de la population dépasse déjà les seuils critiques, et l’alimentation est en cause à 98 %. L’agence exhorte le gouvernement à abaisser en urgence les limites dans les engrais phosphatés.

Presque un Français sur deux au-dessus des seuils

L’Agence nationale de sécurité sanitaire a rendu ses conclusions ce mercredi. 47,6 % des Français présentent des taux de cadmium urinaire au-dessus du seuil de concentration critique, fixé à 0,5 microgramme par gramme de créatinine. Chez les enfants de 2 à 3 ans, on atteint 100 % de dépassements. L’alimentation représente jusqu’à 98 % de l’imprégnation chez les non-fumeurs.

Si vous mangez des céréales le matin, du pain à midi et des pâtes le soir, vous êtes en plein dedans. Les aliments les plus concernés sont des produits de consommation courante : céréales du petit déjeuner, pains, viennoiseries, pâtes, biscuits et pommes de terre. Et les concentrations dans les céréales du petit déjeuner ont plus que triplé en une dizaine d’années, selon l’étude EAT3 publiée en février.

Des engrais hors normes

Le cadmium arrive dans nos assiettes par les sols agricoles, eux-mêmes contaminés par les engrais phosphatés. L’Anses recommande depuis 2019 d’abaisser la teneur maximale à 20 mg/kg. Sauf que la France autorise toujours 90 mg/kg. Oui, 90, soit plus du double de la norme européenne, déjà réduite à 40 mg/kg. La Finlande, la Hongrie, la Slovaquie et la Roumanie appliquent déjà le seuil de 20 mg/kg, qui n’entrera en vigueur dans l’UE qu’en 2035. Un projet d’arrêté français mis en consultation fin 2023 n’a toujours pas été publié. L’agriculture française s’approvisionne principalement au Maroc, dont les phosphates affichent des teneurs en cadmium pouvant atteindre 73 mg/kg. Des gisements pauvres en cadmium existent pourtant en Finlande et en Norvège.

Des risques sanitaires lourds

Le cadmium, classé cancérogène, mutagène et toxique pour la reproduction depuis 2012, s’accumule dans les reins et le foie. Il est suspecté de jouer un rôle dans l’augmentation du cancer du pancréas, et associé à des risques accrus de cancers du rein, du poumon, de la prostate et du sein. Côté os, il favorise l’ostéoporose : plus d’un tiers des cas chez les femmes de plus de 55 ans pourrait lui être attribuable d’ici 2040, avec un coût estimé à 2,6 milliards d’euros rien que pour les fractures. Du coup, l’Anses recommande de limiter la consommation de produits à base de blé sucrés et salés, et de privilégier les légumineuses comme les pois chiches à la place des pâtes. Bref, moins de biscuits, plus de pois chiches.

Franchement, découvrir que la France autorise encore 90 mg/kg de cadmium dans ses engrais quand d’autres pays européens sont déjà à 20, ça laisse perplexe. Le rapport de l’Anses date de 2019 pour les premières recommandations, et un arrêté dort dans un tiroir depuis fin 2023. Pendant ce temps, les sols continuent de se charger en cadmium, et même en agissant demain, il faudra des dizaines d’années pour voir les concentrations baisser dans nos aliments. On parle quand même de 100 % des enfants de 2 à 3 ans au-dessus des seuils, c’est vertigineux. Reste à espérer que ce nouveau rapport finisse par faire bouger les choses, parce que là, on est à court d’excuses.

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