Il y a un fruit sauvage qui pousse dans presque toutes les haies de France et que la plupart des gens n’osent pas toucher. Le sureau noir. Ses petites baies violettes, grappillées en fin d’été, ont mauvaise réputation, et pour une bonne raison : crues, elles vous rendent malade.
En cause, une molécule au nom un peu barbare, la sambunigrine, un composé qui libère du cyanure en toute petite quantité quand vous croquez la baie crue. Rien de dramatique dans l’immense majorité des cas. Mais nausées, vomissements et maux de ventre sont au rendez-vous si vous en avalez une poignée. Voilà pourquoi personne ne pique une baie de sureau comme une myrtille au passage.
Sauf que cette toxicité est fragile. Elle ne résiste pas à la chaleur. Autour de 65 à 70 °C, la sambunigrine se décompose, et une vingtaine de minutes d’ébullition suffisent à rendre les baies parfaitement sûres. C’est exactement pour ça que le sureau se consomme toujours transformé, en sirop, en gelée ou en confiture, jamais à la croque.
Pour goûter au sureau sans sortir la casserole, un sirop tout prêt fait très bien l’affaire :
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Une fois cuit, le fruit change complètement de statut. Il devient un petit concentré d’antioxydants. Les baies fraîches apportent autour de 36 mg de vitamine C pour 100 grammes, soit déjà une bonne part de vos besoins quotidiens, et surtout une belle dose d’anthocyanes, ces pigments violets qu’on retrouve aussi dans le cassis ou la myrtille. C’est d’ailleurs pour son coup de pouce sur l’immunité que le sirop de sureau ressort chaque automne dans les placards, à l’approche des rhumes.
Deux précautions valent le détour. D’abord, ne confondez pas le sureau noir avec le sureau hièble, une cousine plus basse, herbacée, dont les baies restent franchement toxiques même cuites. En cas de doute sur l’identification, on s’abstient, tout simplement. Ensuite, le sirop de sureau reste un aliment plaisir, pas un médicament. Il ne remplace pas l’avis d’un professionnel de santé si vous êtes vraiment patraque, et son intérêt nutritionnel ne justifie pas d’en boire des litres.
Reste que pour un fruit qu’on croise partout sans jamais le ramasser, le sureau mérite qu’on s’y attarde. Un bon coup de casserole, et le voilà qui passe du statut de baie suspecte à celui de sirop réconfortant.
Crédit photo : Illustration générée par IA

