Voilà un fruit qui prend le contre-pied de tout ce qu’on nous apprend. La nèfle, la vraie, celle du néflier commun qu’on croisait dans les vergers de nos grands-parents, ne se croque pas ferme et brillante. Si vous la cueillez comme ça, dure et un peu jaune, vous allez la recracher : elle est âcre, astringente, bourrée de tanins, franchement immangeable.
Il faut attendre. On récolte les nèfles à l’automne, souvent après les premières gelées, puis on les laisse tranquillement ramollir sur un lit de paille ou dans une cagette, plusieurs semaines. La chair vire au brun, devient molle, presque confite. On appelle ça le blettissement. Sous cette allure de fruit oublié se cache une petite réaction chimique bien pratique : les enzymes transforment les tanins et l’amidon en sucres. Ce qui était imbuvable devient doux, un peu acidulé, avec un goût qui rappelle la compote de pommes et la datte.
Et à ce stade, la nèfle a des choses à offrir. Elle apporte de la pectine, cette fibre soluble qui aide le transit à tourner rond, autour de 1,8 gramme pour 100 grammes. Elle contient aussi de la vitamine C, jusqu’à une dizaine de milligrammes pour 100 grammes une fois blette, du potassium et des tanins aux propriétés antioxydantes, c’est-à-dire des composés qui aident à limiter l’usure des cellules. Rien de miraculeux, on est d’accord, mais pour un fruit qu’on croit bon à jeter, ce n’est pas si mal.
Une fois vos nèfles bien blettes, si l’envie de gelée maison vous prend, ce petit pot à confiture fait très bien le job.
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Côté dégustation, c’est simple et un peu régressif. On fend le fruit en deux, on retire les cinq gros pépins durs qui trônent au centre, et on mange la chair à la petite cuillère, comme un dessert d’hiver. Ceux qui n’aiment pas ce côté fondant la transforment en confiture, en compote ou en gelée, où elle fait des merveilles avec un rien de sucre.
Attention quand même à ne pas la confondre avec la nèfle du Japon, ce petit fruit orange qu’on trouve au printemps. Rien à voir : celle-là se mange bien ferme, l’autre bien blette. Deux fruits, deux logiques opposées.
Si vous tombez sur des nèfles cet automne, sur un marché ou au fond d’un jardin, ne fuyez pas devant leur mine fatiguée. Laissez-les faire leur travail quelques semaines, et goûtez. C’est le genre de saveur ancienne qu’on ne trouve plus en supermarché, et ce serait dommage de passer à côté.
Crédit photo : Illustration générée par IA

