Il nous arrive à tous de traverser des périodes de fatigue, mais lorsque cet épuisement s’installe durablement et résiste même à une bonne nuit de sommeil, il est légitime de se poser des questions. Souvent, la réponse se trouve dans notre propre sang. La carence en fer, aussi appelée carence martiale, est l’une des déficiences nutritionnelles les plus répandues dans le monde, touchant particulièrement les femmes et les enfants. Pourtant, bien qu’elle soit fréquente, elle reste souvent mal comprise et parfois diagnostiquée tardivement, laissant les personnes concernées dans un état de lassitude physique et morale difficile à vivre au quotidien.
Pour comprendre pourquoi ce minéral est si crucial, il faut imaginer le fer comme le carburant indispensable d’un système de transport complexe. Dans notre organisme, le fer entre dans la composition de l’hémoglobine, une protéine contenue dans les globules rouges. Son rôle est comparable à celui d’un véhicule de livraison : il capte l’oxygène dans nos poumons et le distribue à l’ensemble de nos organes et de nos muscles. Lorsque le fer vient à manquer, la production d’hémoglobine chute. C’est comme si la flotte de camions de livraison était réduite de moitié ; les organes sont moins bien oxygénés, le corps tourne au ralenti et chaque effort demande une énergie démesurée.
Les signaux d’alerte envoyés par le corps sont nombreux, mais ils s’installent souvent de manière si insidieuse qu’on finit par s’y habituer. Le symptôme le plus évident reste une fatigue écrasante, physique comme intellectuelle, accompagnée d’une difficulté à se concentrer. Mais le manque de fer se manifeste aussi physiquement. On peut remarquer une pâleur inhabituelle du visage et de l’intérieur des paupières, car le sang perd de sa couleur rouge vif. D’autres signes peuvent survenir, comme un essoufflement rapide au moindre effort, des palpitations cardiaques, des maux de tête fréquents ou encore des cheveux plus fragiles qui tombent davantage. Certaines personnes ressentent même une frilosité excessive ou une irritabilité qu’elles ne s’expliquent pas.
Les causes de cette baisse de réserves sont multiples et dépendent souvent du profil de chacun. La raison la plus mécanique est simplement la perte de sang. C’est pourquoi les femmes, en raison des menstruations, sont bien plus exposées que les hommes à ce risque, tout comme les personnes souffrant de saignements digestifs invisibles. Une autre cause majeure réside dans l’alimentation. Si nous ne consommons pas suffisamment d’aliments riches en fer, ou si nos besoins augmentent drastiquement comme c’est le cas lors de la grossesse ou de la croissance chez l’adolescent, les stocks s’épuisent progressivement. Enfin, il arrive que l’on consomme assez de fer, mais que le corps ne l’assimile pas correctement à cause de certains troubles digestifs.
Heureusement, une fois identifiée par une simple prise de sang prescrite par un médecin, la carence en fer se traite généralement très bien. La première étape consiste souvent à rééquilibrer son assiette en privilégiant les champions de la teneur en fer. On pense immédiatement à la viande rouge ou au boudin noir, qui contiennent du fer héminique, la forme la mieux absorbée par l’organisme. Cependant, les végétariens ne sont pas en reste puisqu’on trouve du fer non héminique dans les légumineuses comme les lentilles, les haricots blancs, le tofu ou encore les épinards, même si ce dernier est moins bien assimilé par le corps.
Il existe d’ailleurs une astuce nutritionnelle essentielle pour optimiser cette absorption, surtout si vous consommez des produits végétaux. Le fer aime la compagnie de la vitamine C. Ainsi, accompagner votre repas d’un jus d’orange, de poivrons, de brocolis ou d’un kiwi en dessert permet de décupler l’assimilation du fer par votre organisme. À l’inverse, certains tanins présents dans le thé ou le café agissent comme des barrières qui empêchent le fer de passer dans le sang. Il est donc recommandé d’espacer la consommation de ces boissons d’au moins une heure par rapport aux repas pour ne pas saboter vos efforts alimentaires.
Si l’alimentation ne suffit pas à remonter la pente, le médecin proposera une supplémentation médicamenteuse pour reconstituer les réserves, notamment la ferritine. Il est crucial de ne pas s’automédiquer avec des compléments en fer sans avis médical, car un excès de fer peut être toxique pour le foie et engendrer d’autres problèmes de santé. La patience est alors de mise, car remonter des stocks de fer prend du temps, souvent plusieurs mois, avant de retrouver une énergie optimale et de voir disparaître cette fatigue tenace.

