Regardez un cardon, puis un artichaut. Rien à voir, à première vue. Et pourtant c’est la même espèce botanique, la Cynara cardunculus, sélectionnée dans deux directions différentes. Chez l’artichaut, on a poussé la plante à faire de gros boutons floraux charnus, et c’est ce bouton qu’on mange. Chez le cardon, on a tout misé sur les côtes, ces longues tiges argentées qui ressemblent à des branches de céleri géantes. Deux légumes, une seule famille.
Le cardon, c’est typiquement le légume qu’on ne voit plus. Il pointe en automne et en hiver, il tient une petite place sur les tables lyonnaises autour de Noël, et le reste du temps il reste au fond du rayon, boudé. Dommage. Parce que côté nutrition, il coche pas mal de cases.
D’abord il ne pèse rien dans l’assiette : autour de 15 à 20 kcal pour 100 grammes, tellement il est gorgé d’eau, à peu près 94 %. Autant dire un légume qui rassasie sans lester. Il apporte des fibres, du potassium, un peu de calcium, et surtout de la cynarine, la molécule amère qu’il partage avec son cousin l’artichaut. C’est elle qui donne ce petit goût âpre et qui stimule la sécrétion de la bile, un coup de pouce pour la digestion des repas un peu lourds. Rien de miraculeux, hein, mais c’est plutôt bien vu quand on sort de table.
Pour effiler les côtes et retirer les fils sans y passer l’après-midi, un bon éplucheur change tout.
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Là où le cardon fait fuir, c’est en cuisine, parce qu’il demande du travail. Il faut séparer les côtes, retirer les feuilles, couper en tronçons de quelques centimètres, puis enlever les fils coriaces et la fine pellicule sur la face creuse. Un peu comme on effile un céleri, en plus long. Petit réflexe : frottez les morceaux avec du citron au fur et à mesure, sinon la chair noircit à vue d’œil.
Ensuite, patience. Le cardon se cuit à l’eau bouillante salée, souvent plus d’une heure, parfois une heure et demie selon la fraîcheur. Une vieille astuce consiste à ajouter un filet de citron et une cuillère de farine dans l’eau, ce qui adoucit l’amertume et garde une couleur claire. Après ça, gratin, velouté ou poêlée, il se prête à tout.
Bref, un légume oublié, un peu exigeant, mais qui mérite franchement mieux que sa réputation de vieux truc de grand-mère.
Crédit photo : Illustration générée par IA

