On a tendance à ranger l’argan dans deux mondes qui n’ont rien à voir : d’un côté le petit flacon doré qu’on passe sur les pointes de cheveux, de l’autre l’huile ambrée qu’on verse sur une salade. Sauf que c’est le même fruit, le même arbre, le même amandon. Tout se joue à une seule étape, la torréfaction.
L’arganier pousse presque uniquement dans le sud-ouest du Maroc, du côté d’Essaouira et de la vallée du Souss, sur des terres arides où peu d’arbres tiennent. Récolter les fruits, casser une coque très dure à la main, extraire l’amande : c’est un travail long, souvent assuré par des coopératives de femmes. Rien que ça explique en bonne partie pourquoi le flacon coûte ce qu’il coûte.
Pour la version cosmétique, on presse les amandons crus, à froid. L’huile ressort jaune pâle, presque sans odeur, et c’est elle qu’on étale sur la peau, les cheveux ou les ongles. Pour la version alimentaire, on grille d’abord les amandes, et là tout change : la couleur fonce, le goût de noisette grillée apparaît, et on obtient cette huile qu’on marie au poisson, aux crudités ou dans l’amlou, cette pâte à tartiner marocaine faite d’argan, d’amandes et de miel.
Pour la peau, les cheveux ou les ongles, une huile d’argan cosmétique 100 % pure fait très bien le job.
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Côté composition, c’est une huile plutôt intéressante. Environ 45 % d’acide oléique, le même gras mono-insaturé que dans l’huile d’olive, à peu près 35 % d’acide linoléique, un oméga-6, et une bonne dose de vitamine E, un antioxydant naturel. La torréfaction, par contre, en détruit une partie : la version cuisine est délicieuse, mais un peu moins riche sur ce point que la version crue.
Le piège, c’est de croire que l’une remplace l’autre. L’huile alimentaire sur la peau, ça sent fort et ça tache les vêtements. L’huile cosmétique dans l’assiette, c’est insipide, aucun intérêt. Chacune son usage. Et si vous achetez de l’argan à cuisiner, vérifiez juste que c’est bien 100 % argan, parce que les coupages avec d’autres huiles existent bel et bien.
Pour les cheveux ou la peau, quelques gouttes suffisent largement, inutile d’en noyer toute la chevelure. Et si vous avez la peau réactive ou une allergie aux fruits à coque, mieux vaut faire un test dans le pli du coude avant, ou demander l’avis d’un professionnel.
Crédit photo : Illustration générée par IA

